La mise en ballottage défavorable de la droite à Milan, fief de Silvio Berlusconi, est "une gifle" pour
le chef du gouvernement italien, qui avait fait de cette élection un test de sa popularité, et fragilise son alliance cruciale avec la Ligue du Nord. À la surprise générale, la candidate du
Peuple de la Liberté (PDL, centre-droit) de Silvio Berlusconi, la maire sortante Letizia Moratti, a été largement devancée avec 41,6 % par le candidat de la gauche, l'avocat Giuliano Pisapia (48
%), lors du premier tour des municipales dimanche et lundi. "Surprise à Milan, Pisapia en tête", titre le quotidien milanais Il Corriere della Sera, qui publie en une un éditorial intitulé "La
gifle".
"Le ballottage de Milan est humiliant surtout pour Silvio Berlusconi, qui faisait du résultat un référendum sur sa personne et son gouvernement et reçoit une gifle personnelle et politique",
écrit l'éditorialiste Massimo Franco. Dans l'attente du second tour prévu les 29 et 30 mai, ce résultat "fait prévoir une période d'instabilité et d'autres règlements de comptes dans le
centre-droit" dont Berlusconi "risque de devenir le bouc émissaire", annonce-t-il.
Un avis partagé par Franco Pavoncello, professeur de Sciences politiques à l'université américaine John Cabot de Rome : "Ce résultat surprenant et négatif va amorcer une crise au sein du
gouvernement", affirme-t-il. Malgré une forte baisse de sa popularité, tombée à 31 % en avril, le Cavaliere, né à Milan où il a fait fortune, s'était engagé personnellement dans la campagne pour
soutenir Letizia Moratti, en se présentant comme tête de liste.
"Impensable" pour Berlusconi
S'adressant à des élus dimanche, Silvio Berlusconi avait jugé "impensable de ne pas gagner à Milan", affirmant que sa coalition qui associe le PDL à la Ligue du Nord est "l'unique force modérée".
L'appui de la Ligue, parti allié de Berlusconi dont le Nord est le bastion, est indispensable à la survie du gouvernement de Silvio Berlusconi, affaibli par de multiples procédures judiciaires
dont l'affaire Rubygate, un scandale sexuel pour lequel il est jugé depuis le 6 avril.
Pour Franco Pavoncello, "c'est un peu le début de la fin de la coalition. Au sein de la Ligue, on commence à s'interroger sur la validité de l'alliance avec Berlusconi : est-ce un avantage ou un
handicap ?" La Ligue a laissé filtrer lundi soir sa frustration à travers l'entourage de son leader Umberto Bossi, selon lequel en restant avec Berlusconi la Ligue perd du terrain. Du coup, le Pr
Pavoncello n'hésite pas à affirmer que "la Ligue, si Milan devait tomber, se retirerait du gouvernement", ce qui pourrait en provoquer la chute.
Silence persistant
Mais Massimo Franco est beaucoup plus prudent et relativise le coup de Trafalgar de lundi : "Dans deux semaines, les ballottages pourraient restituer la victoire à la majorité, qui hier à Milan
et Naples (où la droite est en ballottage favorable, NDLR) a raté la victoire par excès d'assurance et d'agressivité". En attendant, la gauche, habituée aux défaites face à Berlusconi, ne boude
pas son plaisir : "Les chiffres montrent clairement que nous gagnons et qu'ils perdent", s'est félicité Pier Luigi Bersani, chef du Parti démocrate (PD, gauche), principal parti de l'opposition.
Il se référait notamment aux victoires dès le premier tour de la gauche à Bologne et Turin. Et le silence persistant de Berlusconi est encore plus éloquent.
"Le conte de fées est terminé", commente, lapidaire, l'éditorialiste du journal de gauche La Repubblica, Massimo Giannini. "La réponse des électeurs est sans équivoque : le président du Conseil a
perdu son référendum". Même son de cloche dans les pages du quotidien modéré La Stampa du groupe Fiat, qui décrit un Cavaliere "déçu, amer, stupéfait" : "La forteresse Berlusconi montre des
fissures visibles", conclut le quotidien.
Source : Le Point
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